Malgré l’heure, Shurgaal était parfaitement réveillé. Environ dix minutes s’étaient écoulées depuis que les grincements de protestation de la muraille avaient cessé, mais il aurait parié sur bien plus… Allongé sur sa paillasse, frissonnant de froid, il guettait le réveil des expéditionnaires, auquel il avait bien l’intention de se joindre. Réveillé pour réveillé, autant en profiter, se dit-il, réprimant un bâillement.
Un ensemble de voix ensommeillées s’éleva de la banque, à quelques dizaines de mètres de là. A tâtons, Shurgaal s’empara de son bouclier, le fixa, et entreprit de slalomer entre les paillasses jusqu’au bâtiment… Longeant l’atelier, il arriva enfin à l’origine des voix, qui se faisaient maintenant joyeuses. Six gardiens étaient déjà présent et d’autres comme lui émergeaient des ténèbres pour les rejoindre. Le petit groupe était rassemblé autour de la petite console et des rires en montaient. Discrètement, Shurgaal demanda la raison de cette bonne humeur.
« Un éclaireur a encore passé la nuit dehors selon le dernier rapport, lui répondit un gardien, souriant. D’ailleurs ça a bien failli arriver à ICEBERG hier soir, acheva-t-il en pouffant. Un visage enjoué apparu à ses cotés et repris de plus belle : Ouais, il est rentré dans les derniers, limite en train d’écrire le gars… Il n’a pas vu le temps passer, d’après lui », conclut-il dans un éclat de rire, repris par le groupe entier.
Un sourire trop rare encore accroché aux lèvres, Shurgaal pénétra dans la banque et se saisit d’un Napolitain. C’était une bonne chose cette foutue console… La rivalité entre les trois villes donnait un sens à sa vie. Vie si vide jusqu’ici. Sa main passa machinalement devant une gourde mais il se retint. Il avait déjà eu le droit à sa propre ration hier. Il sorti sans s’attarder devant le petit groupe, plongé dans le traçage des expéditions, et pris la direction des portes. Ce n’était pas son boulot.
Appuyé contre la muraille, il fit un somme en attendant qu’un gardien l’emmène avec lui…
Debout face au désert plongé dans l’obscurité, Shurgaal fulminait. Personne n’avait daigné le réveiller ! Bien la peine de se lever si tôt…
La perspective d’une nouvelle journée de travail aux chantiers acheva de plomber son moral. Passant devant la muraille, il s’arrêta quelques instants pour l’observer. Récemment renforcée, contre l’avis général, elle les avait protégés une nuit de plus. Cela lui suffisait.
Le cœur un brin moins lourd, ses pas le conduisit à la banque pour une énième vérification des ressources. Il allait justement s’y engouffrer lorsque le relai radio situé près de la porte se mit à grésiller avec violence. Une voix vibrante de colère s’éleva dans le petit matin…
« Bon sang ! Il y a quelqu’un ? Qui est l’abruti qui gâche nos piles contre les putrides ? On a retrouvé des piles broyées un peu partout ! »
Timidement, Shurgaal s’empara du poste sous le regard perplexe de deux autres gardiens. L’une d’entre eux, nommée LeDesenchanteur pris la parole : « On est déjà au courant, d’autres expéditeurs ont déjà fait la remarque cette nuit. » Jetant un bref regard aux ouvriers présents elle continua : « Je pense qu’on peut exclure les ouvriers… »
Une autre voix jaillit soudainement de la radio…
« Que donnent les registres ?
« Strictement rien à première vue, répondit LeDesanchanteurles sourcils froncés. Qu’est-ce qu’on fait ? »
Alors que le silence s’abattait sur le petit comité, une idée germa dans l’esprit de Shurgaal : si les registres n’indiquaient rien, alors l’irresponsable devait déjà avoir l’arme à son arrivée en ville… Il fit part de sa réflexion aux autres qui acquiescèrent. Une nouvelle voix jaillit de la radio. Jeremius.
« Bonne déduction, il faut que vous épluchiez les registres pour voir ceux qui n’ont rien donné à la banque de leur paquetage… »
Un dénommé WindWideShut tenta bien de détendre l’atmosphère à l’aide d’un jeu de mot, mais personne ne daigna rire, et le petit groupe se dissous, à la recherche d’indices, ou d’un peu de sommeil, avant l’aube.
Shurgaal